RésuméDe retour à Nogent, le tout jeune Frédéric Moreau tombe éperdument amoureux d'une femme plus âgée que lui, Mme Arnoux, l'épouse d'un marchand d'art. On suit Frédéric dans ses amours et ses échecs. Il fera un bon héritage qu'il mangera avant d'en épargner parcimonieusement les dernières miettes. Il connaîtra Rosanette, une demie-mondaine qui lui donnera un enfant qui mourra. Il refusera d'épouser la riche veuve d'un banquier et se verra « voler » Mademoiselle Roque par son meilleur ami. Il traversera les remous du milieu du XIXème siècle en spectateur, assistant sans vraiment s'y impliquer la révolution de 1848 et le coup d'état de Napoléon III.
Mon avisSi l'on devait me demander au moins trois bonnes raisons pour lesquelles la vie mérite d'être vécu, je répondrai: l'éducation sentimentale de "Monsieur" Gustave FLAUBERT. Un livre qu'il faut lire encore et encore tout au long de sa vie tout simplement parce qu'il est le récit de la vie d'un homme, de la fin de son adolescence à sa vie d'adulte. Toute son existence sera jalonné d'espoir et de la cruelle désillusion qui suit. L'apprentissage aux choses de l'amour se fait au fil des pages pour le personnage principal et nous, lecteur.
Qui n'est jamais tombé amoureux de l'inaccessible, de l'étoile qui brille dans le ciel et que l'on ne pourra jamais toucher, sauf du regard. En somme, nous sommes tous comme Frédéric: d'innocents rêveurs, passifs et romantiques, idéalistes et faibles.
On pourrait reprocher à ce livre que rien ne s'y passe, Que Frédéric n'est pas le moteur de l'histoire, il subit constamment les événement en spectateur: il aime Madame Arnoux, mais il n'osa jamais prendre les choses en main et sauter dans le grand vide de la passion. "Il avait envie de se jeter à ses genoux. Un craquement se fit dans le couloir, il n'osa" (extrait du livre). L'art de Faubert est là: la beauté du livre, ce n'est pas l'action mais la façon de la raconter dans sa non-existence. L'éducation est l'histoire d'un ratage éternel.
Combien de fois n'ai-je pas, par couardise (de quoi????), oser faire le premier pas? Garder le feu qui me consumait la poitrine, à l'intérieur, dans l'ombre? Toutes ces perspectives de bonheur et d'amour gâchées par sa propre inaction..."Et ce fut tout." (extrait du roman)
Il y a encore bien sur des tonnes de choses à ajouter mais ce modeste blog n'est qu'un amuse bouche. Ouvrez le livre et contemplez...
Je tiens à citer un des passages clé du roman, la rencontre du jeune Frédéric et de l'amour (à jamais inaccessible) de sa vie, Madame Arnoux:
Ce fut comme une apparition.
" Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu'il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.
Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses, qui palpitaient au vent, derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l'ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait en plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpaient sur le fond de l'air bleu.
Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa man½uvre ; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière.
Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait... Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu'elle avait portées, les gens qu'elle fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n'avait pas de limites.
Une négresse, coiffée d'un foulard, se présenta, en tenant par la main une petite fille, déjà grande. L'enfant, dont les yeux roulaient des larmes, venait de s'éveiller. Elle la prit sur ses genoux : « Mademoiselle n'était pas sage, quoiqu'elle eût sept ans bientôt ; sa mère ne l'aimerait plus ; on lui pardonnait trop ses caprices. » Et Frédéric se réjouissait d'entendre ces choses, comme s'il eût fait une découverte, une acquisition.
Il la supposait d'origine andalouse, créole peut-être ; elle avait ramené cette négresse avec elle.
Cependant, un long châle à bandes violettes était placé derrière son dos, sur le bordage de cuivre. Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds, dormir dedans ! Mais entraîné par les franges, il glissait peu à peu, il allait tomber dans l'eau ; Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit :
- Je vous remercie, monsieur. Leurs yeux se rencontrèrent.
- Ma femme, es-tu prête ? Cria le sieur Arnoux apparaissant dans le capot de l'escalier."